Institut Méditerranéen d’Océanologie
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Des nouvelles de l’Expédition Sargasses : jour 18 à 24

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L’expédition Sargasses s’est achevée le 13 juillet 2017 et nos scientifiques sont désormais de retour parmi nous....

Mais suivons les encore dans les derniers jours de leur campagne en mer.....

Après une courte escale de deux jours en Guadeloupe, l’ANTEA est reparti pour un 2ème leg.

[Jour 18] Dans la mer historique des Sargasses, du plastique…

Comme toujours nos chercheurs sont prêts à effectuer toutes leurs analyses dès 8h sur la 18ème station. Paradoxalement, au sein même de la mer historique des Sargasses, les algues brunes restent très discrètes… L’équipe a encore besoin d’Anouck ODY qui continue de faire ses analyses de réflectance pour pouvoir ajuster la trajectoire du bateau !

Anouck aux trios pour analyser la réflectance de l’eau
La réflectance étant la proportion de lumière réfléchie par la surface des algues. © Sandrine RUITTON

Peu de Sargasse donc, mais parmi elles toujours de petites crevettes, quelques crabes et ce petit sériole juvénile. En observant la surface de l’océan ce qu’on remarque le plus sont les microparticules de plastique… Après avoir analysé le trajet de ces fameux déchets, les scientifiques ont remarqué qu’ils dérivaient jusqu’à être accumulés au sein même des algues. La présence des Sargasses favoriseraient donc l’accumulation des déchets plastiques ? Affaire à suivre…

Seuls de minces filaments sont présents
© Sandrine RUITTON

[Jour 19] Plus de plastique que de plancton…

Aucune tempête en vue finalement, l’Antéa a donc poursuivi son chemin pour atteindre son point le plus au Nord et la dernière station de l’équipage dans la mer des Sargasses. Un demi-tour et le navire entame le chemin du retour jusqu’à la Guadeloupe. L’eau est très bleue, presque trop bleue, ici elle est en effet oligotrophe : les filets à plancton récoltent plus de débris de plastique que de plancton…

Jean Blanchot nous raconte :

« Dans le grand gyre de la Mer des Sargasses les déchets plastiques et les algues brunes sont concentrés. On trouve des tas de déchets plastiques dont des macrodéchets : sacs poubelle, débris de balles en plastique de grande taille, morceaux couleurs variées… On trouve aussi des microdéchets de quelques millimètres que l’on récolte par filtration. Mes filets à plancton sont certainement, en poids, plus riches en plastique qu’en plancton. J’ai retiré tout a l’heure des débris bleu et orange… »

Plus de plastique et peu de Sargasses donc à cet endroit. Les marins ont donc prêté main-forte aux scientifiques pour récupérer quelques algues brunes grâce à une nouvelle technique : la pêche à la traîne ! Le constat est sans appel, il a fallu filtrer 44 litres d’eau de mer pour avoir suffisamment de matière pour faire les analyses. Il y a quelques jours, seulement 16-20 litres suffisaient…


Plastique récupéré à l’épuisette© Sandrine RUITTON

[Jour 22] Un week-end riche en émotions !

Il est temps de retrouver la Guadeloupe, le trajet du retour est entamé et pour l’instant peu de travail est annoncé à bord. Toute l’équipe en profite pour faire du rangement au laboratoire, trier les échantillons et surtout faire le point sur la mission. Vient ensuite un temps de repos bien mérité mais de courte durée car l’Antéa est déjà sur une nouvelle station, la 22ème (lien carte) ! Tout le monde connaît son rôle, quelle efficacité ! Tout est réalisé correctement en un temps record : échantillonnage des microplastiques, mise à l’eau d’une rosette et d’une sonde CTD, récupération des échantillons pour des analyses ultérieures…

Le navire rentre finalement dans la ZEE d’Antigua, ici, plus possible d’échantillonner !

Le lendemain, réveil en douceur, les impératifs de station en moins, certains s’attardent sur la vue d’un arc-en-ciel en prenant leur petit déjeuner.

La mer est belle avec une légère houle de travers, quelques poissons volants viennent rompre le calme de la mer, ils sont superbes ! Sur les ordinateurs, on peut remarquer que la profondeur est de 7099,34 m !!! Le navire est au-dessus de la fosse océanique la plus profonde de l’Atlantique : la fosse de Porto Rico, située entre la mer des Caraïbes et l’océan Atlantique au large de l’île de Porto Rico. A certains endroits, elle atteint même une profondeur de 8600 m ! Tout le monde est impressionné à l’idée d’imaginer une telle profondeur sous ses pieds ! Quelles espèces peuvent bien se cacher dans les tréfonds de l’océan ?


Poisson volant© Sandrine RUITTON


L’Antéa au dessus de la fosse de Porto Rico, le point le plus profond de l’Atlantique !
© Sandrine RUITTON

Le surlendemain, réveil à 7h pour une nouvelle station ! Des dauphins ! Tout le monde accourt sur le pont pour admirer le spectacle, une belle surprise de si bon matin ! Quelques nappes de Sargasses en vue, moins impressionnantes que le radeau du début de mission mais les plongeurs ne se font pas prier pour descendre. Même si, sous l’eau, on observe moins de sérioles et de balistes, surement dû au fait que les radeaux soient peu denses, Sandrine RUITTON nous ramène de jolies photos. Après la plongée, les analyses reprennent sur la station avec la totale, au programme : génétique, réseau trophique, récupération des plastiques, morphologie des algues, PAM, chimie…

Sous le radeau
© Sandrine RUITTON


Un nouveau radeau de Sagrasses
© Sandrine RUITTON

[JOUR 24] Qu’est ce qu’on fait des échantillons ?
L’Antéa est tombé sur des échouages importants au large de Capesterre-de-Marie-Galante. Notre équipage a donc effectué une nouvelle station (lien).

La fin de la mission approche, parlons donc aujourd’hui de conditionnement ! En effet, tous les échantillons prélevés en mer seront analysés sur la terre ferme, au laboratoire. Tous ne sont pas conditionnés de la même façon. Suivant la nature de l’échantillon et son utilisation ultérieure, on retrouve donc :

- des échantillons congelés ;
- des échantillons conservés dans un liquide : du formol pour étudier la taxonomie ou encore de l’alcool pour les études génétiques et la conservation de l’ADN ;
- des échantillons secs pour constituer des herbiers et servir aux analyses taxonomique et génétique. Ceux-ci peuvent être placés dans du silicagel.

Chaque échantillon possède un code correspondant à la station dans laquelle il a été prélevé, à la nature et au nombre de réplicats récupérés.


Selon la nature des échantillons et leur devenir analytique les échantillons sont conditionnés dans des contenant adéquats.
© Hubert BATAILLE


Ensuite les échantillons de Sargasses identifiés sont mis dans du silicagel (qui déssèche) en vue des analyses génétique.
© Hubert BATAILLE
Les contenants des échantillons sont également très variés : sacs zippés ou scellés, piluliers, flacons, cryotubes…